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Covid-19 : info et intox – Les manipulations de l’information durant la pandémie de la Covid-19

Quelques semaines après la première apparition de cas du coronavirus, en décembre 2019, l’OMS employait officiellement le terme de pandémie pour décrire la Covid-19, en raison de sa rapide progression, du nombre important d’infections et de victimes en augmentation à travers le monde, et, rapidement, des conséquences considérables qu’elle a eu sur l’économie mondiale.

Cette crise sanitaire sans précédent est marquée à la fois par la surabondance d’information(s) à son sujet, et par son inévitable et dangereux pendant, une désinformation[1] galopante. Celle-ci s’immisce dans l’offre médiatique hypertrophiée, jouant notamment sur la confusion entre véritables nouvelles, rumeurs et manipulations plus malveillantes.

L’OMS a d’ailleurs très vite qualifié ce phénomène d’«infodémie», invoquant ce néologisme pour décrire l’inflation considérable de fausses informations. Il existe plusieurs raisons pour lesquelles des informations erronées ou modifiées sont propagées, volontairement ou non. La désinformation, qui n’a pas besoin de crise planétaire pour se développer, repose sur plusieurs mécanismes et sert d’outils à différents agendas, qu’ils soient politiques, économiques, hégémoniques, idéologiques. Mais sans savoir d’où elle vient, comment elle est construite et pour quelle raison elle est diffusée, impossible de lutter contre la fausse information sans risquer un sur-accident. Il s’agit alors de pouvoir identifier ses causes, ses vecteurs et outils.

1.   Infodémie de la Covid-19 : de la fabrique à la diffusion

1.1.   Mécanismes psychiques et psychologiques de manipulation de l’information

La vague de mésinformation et de désinformation actuelle est reconnue comme étant d’une ampleur inédite. Sa viralité déstabilise. Mais désinformation et mésinformation ne sont pas des processus nouveaux. La maîtrise de l’information, tout comme les manipulations de l’information, ont d’ailleurs toujours été au cœur des concurrences et des conflits.

Si toutes les fausses informations diffusées ne sont pas nécessairement des tentatives de déstabilisation, elles obligent quoi qu’il en soit les États dans lesquels elles se propagent le plus librement, les démocraties, à un extraordinaire jeu de réactivité. Les fausses informations peuvent d’ailleurs être classées en trois catégories[5] :

  • L’information est manipulée à cause de l’acteur qui est derrière la campagne ;
  • La manipulation est liée à la façon dont l’information est diffusée, « les techniques d’amplification ou de coordination qui rendent une info fausse », comme l’usage de bots ;
  • Le contenu, qui, la plupart du temps, passe entre les mailles du filet des plateformes qui ont depuis changé de doctrine.

Les manipulations de l’information utilisent différents vecteurs et canaux et s’épanouissent grâce aux biais cognitifs, ces distorsions cognitives du traitement de l’information qui jouent sur nos émotions, sensations, peurs, et agissent comme des filtres pour orienter notre interprétation des faits. Ces biais nous rendent ainsi vulnérables aux informations fausses, qu’elles soient erronées involontairement manipulées à dessein.[2]

On peut citer notamment :

  • Le biais de « confirmation » : nous avons tendance à privilégier les informations qui confortent nos positions et confirment nos hypothèses.
  • L’effet de renforcement ou biais d’identificationémotive à nos convictions : une fois une conviction acquise, la lecture d’un texte contraire va paradoxalement nous renforcer dans notre idée initiale ;
  • L’effet de « surconfiance » ou effet Dunning-Kruger[3], pousse à surestimer ses propres compétences et connaissances, et ainsi de s’approprier et de diffuser des fausses informations ; [4]
  • Le biais de corrélationillusoire, conduit l’auditoire à construire des liens de causalité entre deux faits n’ayant pas forcément de liens directs (ex. : deux individus vaccinés tombent malades, on en conclut que le vaccin est à l’origine de la maladie) ;
  • L’effet de vérité illusoire : une information qui semble familière car déjà reçue à plusieurs reprises, même fausse ou erronée, semble plus facilement véridique ;
  • L’effet social, la concurrence informationnelle. La recherche d’un groupe puis l’appartenance à ce groupe peuvent poussent à adhérer aveuglément à des théories et à rejeter celles qui s’y opposent.

Enfin, la crise de confiance, la méfiance à l’égard des institutions et l’appartenance à une groupe en ligne renforcent également l’adhésion à des thèses complotistes, bien souvent véhiculées par des médias se présentant comme « alternatifs ».

1.2.   Rumeurs et théories du complot : génération et manipulation de contenus douteux

Une grande partie (59%) des opérations de désinformation implique diverses formes de reconfigurations de l’information, c’est à dire de recontextualisation ou de « retouche » d’informations existantes et véridiques [6], de façon à ce qu’il soit difficile de démêler le vrai du faux. Ce phénomène facilite la popularisation de théories complotistes et le développement de média alternatifs, déjà opportunistes par nature et se greffant sur tous types de crises.

Plusieurs théories du complot y sont mêlées sans réelle logique, comme dans le cas de la Covid-19 le rôle qu’aurait joué Bill Gates dans la crise, les vaccins contenant des puces sous-cutanées pour traquer les mouvements de population, le débat autour de la la 5G, etc.[7]

Lers auteurs opèrent des associations et raccourcis qui pourraient sembler a priori absurdes mais qui, à cause ou grâce aux biais cognitifs, peuvent être pris très au sérieux par certains lecteurs. C’est le cas en France du compte « Cat Antonio »[9], qui diffuse depuis plusieurs mois des messages présentant la crise de la Covid-19 comme un complot. Il lie par exemple le brevet déposé par l’Institut Pasteur et une supposée « création humaine » du virus de l’autre, ou souligne que l’ancien président de l’INSERM Yves Levy, en déplacement à Wuhan de pour inaugurer le laboratoire P4, est marié à l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, ….

 

Tristan Mendès France, spécialiste en culture numérique, a décrypté les ressorts de ce discours et évoque notamment la tendance à accorder plus de crédit et de sincérité à des propos tenus par des individus qu’à des propos tenus par une institution, surtout dans une période marquée par une méfiance grandissante à des autorités dont la gestion de la crise est remise en cause.

 

L’utilisation croissante des médias digitaux et des réseaux sociaux a considérablement facilité la génération et la diffusion de ces théories par des médias se présentant comme «alternatifs ». Ces médias mettent en scène leur “alternativité” de différentes façons : formation de réseaux d’information divergents, citation de voix qui ne sont généralement pas entendues dans le courant dominant – ou qui clament ne pas l’être, publication sur des sujets polémiques ou volontairement orientés et biaisés, emploi de terminologies conspirationnistes et/ou divergentes… Souvent, ces contenus présentés visent à façonner l’opinion publique en soutien à des causes perçues comme “sous-représentées, ostracisées ou autrement marginalisées dans les principaux médias d’information[13]“. En Europe et en France, des médias alternatifs fleurissent sur le web, comme Epoch Times[14] ou « Le Vent se Lève », et trouvent des agences de presses étrangères, comme RT News[15], pour reprendre leurs informations publiées bien souvent au service d’un agenda politique.

 

Peuvent aussi être cités comme médias alternatifs aux États-Unis Breitbart.com[16] ou Infowars.com[17] par exemple. Ce dernier, souvent cité par Donald Trump, reprend une terminologie conspirationniste, comme l’illustrent les « tags » de la description de la vidéo ci-dessous : l’information dont il est question est associée aux mots clés « digital injection », « forced vaccine », « digital implant », « forced injection », « tracker chip » qui évoquent les théories du complot et dont on peut supposer qu’ils sont suivis par les adhérents de ce type de théories.

Ce phénomène s’est considérablement accéléré avec la pandémie, comme l’indique le rapport « Types, sources et allégations de désinformation durant la Covid-19 » du Reuters Institut[18]. En témoigne l’augmentation exponentielle du nombre de « fact-checks » sur le Web :

2.   Fausses informations, vraies déstabilisations

2.1.   Défiance et méfiance, terreau de l’infodémie

Le phénomène de désinformation a également été amplifié par l’absence de consensus au sein de la communauté scientifique, tant sur la manière de gérer la crise sanitaire que sur l’efficacité des différents traitements. Les incertitudes sur les bienfaits de la chloroquine et les débats plus ou moins fondés auxquels elles ont donné lieu[19] en sont un bon exemple. D’autres théories se nourrissent du flou qui règne sur l’origine et le point de départ de l’épidémie. D’autres encore remettent en question le rôle de l’industrie pharmaceutique. Les médias alternatifs et acteurs de la théorie du complot ont exploité ces doutes et flottements pour avancer leurs théories et tenter de démocratiser leurs idées. Par exemple, certains médias très marqués politiquement, à l’instar de Fdesouche et Egalité & Réconciliation, utilisent régulièrement un vocabulaire complotiste pour présenter la crise comme un coup monté par les industries pharmaceutiques – ou « Big pharma » – et ériger les personnages controversés comme le professeur Raoult en victimes du « système » et du pouvoir en place.

Par exemple dans cet article de Liberté et Réconciliation, la crise du coronavirus est associée aux mots clefs « Sida », « Transhumanisme » et « corruption », des phénomènes qui ne sont pourtant pas liés à la crise sanitaire de la Covid-19 et dont l’invocation dans ce contexte est donc de nature à induire les lecteurs en erreur.

 

Ces arguments ont d’autant plus d’impacts qu’ils sont portés par des influenceurs connus pour leurs idées engagées – et ce quelque soit l’idéologie qu’ils soutiennent.

Cette « désinformation scientifique » peut également être accentuée et accélérée par le refus de certains influenceurs de se conformer aux indications de la communauté scientifique pour des raisons politiques ou de communication, la décrédibilisant ainsi toujours plus :

2.2.   (Géo)politique de la manipulation

Sur la scène internationale et diplomatique, la crise actuelle a montré l’enjeu (géo)politique et stratégique que représentent la maitrise et la manipulation de l’information. L’ONG « Freedom House » avait déjà établi dans un rapport de 2017 une hausse du nombre d’États ayant recours à la manipulation de l’information via des bots, faux-sites et autres trolls sur les réseaux sociaux depuis 2017,[20]  dans le cadre des campagnes d’influence visant tant leur population intérieure que d’autres États.[21] Ce phénomène a pris une ampleur considérable à l’occasion de la crise de la Covid-19.

  • Le cas Russe, un rôle d’intermédiaire et une logique de déstabilisation

La stratégie russe durant la crise de la Covid-19 semble répondre à une recherche de déstabilisation politique, telle celle dont elle a été accusée lors des élections américaines et françaises[27] ou durant certains mouvements sociaux sur son territoire.

L’Union européenne a d’ailleurs accusé la Russie d’une « importante campagne de désinformation »[28] visant les différents pays européens et attaquant l’image de leurs dirigeants, et ce notamment dans le but de semer la confusion entre les alliés européens. Le positionnement de la Russie dans cette crise semble ainsi répondre à une stratégie opportuniste[33], « saisissant chaque occasion de diviser donc d’affaiblir les pays européens » pour mieux se présenter comme une alternative aux États-Unis, [34].

 

  • Le cas chinois, un géopolitique de conquête de marchés

L’un des exemples les plus marquants de manipulation de l’information vers l’«interne » reste celui de la Chine, forte de son « Armée des 50 centimes », ces plus de deux millions de « commentateurs » en ligne chargés de publier des articles et commentaires faisant l’éloge du PCC.[25] Pendant la crise de la Covid-19, ils ont été particulièrement actifs sur deux fronts : la question de la propagation du virus et la chasse aux lanceurs d’alerte sur les réseaux sociaux.[26] Les prises de positions du docteur Ai Fen, qui a partagé dès le début de l’épidémie des informations relatives à ce nouveau coronavirus sur le réseau social WeChat et a fait objet d’une interview du magazine « Ren Wu », a entraîné la saisie des magazines papiers, le nettoyage des sites internet, et des obligations de retraits des messages associés sur les plateformes concernées… Seule une campagne de mobilisation massive sur les réseaux sociaux a permis à ces informations de passer entre les mailles du filet chinois. Le décès du médecin, plus tard, a renforcé l’impression d’une information contrôlée et a révélé la campagne numérique massive menée par les défenseurs des libertés en Chine.

Au-delà des manipulations vers l’intérieur, on peut distinguer plusieurs déclinaisons de ce que l’on pourrait qualifier de « géopolitique de la manipulation ». Bien avant la crise, la République populaire de Chine (RPC) menait déjà des campagnes d’influence et une propagande au service de ses intérêts [36] et de son rayonnement, dans un contexte où son influence au niveau mondial ne cesse de croire. Au-delà de tentatives de déstabilisation de ses adversaires[38], la stratégie chinoise consistait plutôt à développer sa politique des « Nouvelles Routes de la Soie »[39] et donc à défendre son image. Mais en mettant la Chine sur le banc des accusés, la crise de la Covid-19 a grippé cette machine et forcé une nette inflexion de la stratégie chinoise. Les autorités ont pris le parti de mener une communication officielle agressive sans précédent envers « l’Occident » sur les réseaux sociaux afin de défendre officiellement l’image de la RPC. Elle s’est fendue à cette occasion de tweets d’une violence rarement égalée pour un État en temps de paix, mêlant fausses informations et messages auto-promotionnels.

Les messages de l’ambassade de Chine en France sur Twitter se sont multipliés, à la fois pour jeter le discrédit sur d’autres États, rejeter toute responsabilité dans l’aggravation de la crise de la Covid-19 et décrédibiliser ces adversaires :[40]

 

Un tel discours permet aussi à la Chine redorer sa propre image, mettant en scène son aide aux pays européens et se présentant comme alternative aux États-Unis, convergeant ainsi vers les méthodes et objectifs russes dans sa communication :

 

  • Les États-Unis, offensive informationnelle et crise réputationnelle

Les États-Unis sont dans cette crise pris entre plusieurs feux. En raison de la réaction tardive et de la communication souvent outrancière de leur président, il est difficile de tenir une ligne claire en termes de communication. Si bien que le président Trump use jusqu’à la corde le terme de « Fake news » lorsqu’il s’agit de répondre aux détracteurs de la stratégie américaine de lutte contre la Covid-19[42].

Dans le même temps, on retrouve dans la stratégie de communication des conservateurs américains sur les réseaux sociaux, à la fois vis-à-vis de la Chine, de la Russie ou encore de leurs opposants politiques, une utilisation massive d’informations déformées[44][45] comme ce fut ce cas durant la campagne de 2016.[46]

Au-delà des enjeux de politique intérieur dans une période pré-électorale, cette stratégie s’expliquerait aussi par la double nécessité d’une part de défendre ses intérêts dans un contexte la déstabilisation économique et politique lié à la crise sanitaire, et d’autre part de défendre sa position hégémonique, remise en cause par ses deux adversaires diplomatiques et médiatiques que sont la Chine et la Russie

Durant plusieurs semaines, Donald Trump a par exemple évoqué le « virus chinois » pour désigner la Covid-19, désignant clairement la Chine comme responsable de la diffusion de ce virus. Les théories de ce type, très populaires en France également, présentent le coronavirus comme un agent biologique sorti du laboratoire de virologie de classe P4 de Wuhan, premier lieu de découverte du virus. Le Président américain et son secrétaire d’État, Mike Pompeo sont allés jusqu’à affirmer en avoir reçu des preuves[22].

 

 

C’est aussi sur la base de cet argument, qui reprend une information non vérifiée à ce jour,  que Donald Trump a décidé, le 30 de suspendre le financement américain à l’OMS, accusant l’organisation d’être « une marionnette de la Chine »[23].

Réponse du berger à la bergère, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian a en retour affirmé publiquement que le virus avait été apporté en Chine par des militaires américains[24].

 

Comme aux États-Unis, la période de crise associée à l’infodémie a eu un impact considérable tant sur les démocraties que sur la communauté scientifique, désemparée face à cette vague de fausses informations sur le virus et qui doit adapter ses communications.[47]

 

3.   Détecter et enrayer la désinformation massive : vœux pieux ou objectif accessible ?

3.1.   Des initiatives étatiques louables aux résultats pourtant mitigés

Dans un contexte où la crise informationnelle se superpose à une crise de confiance, tant les biais cognitifs que les luttes d’influence entre États rendent difficile la lutte contre les manipulations de l’information. Les initiatives étatiques se heurtent à une méfiance croissante à l’égard de leurs Gouvernements et institutions, méfiance encore aggravée par des maladresses de communication et le déploiement de solutions que certains ont un peu rapidement assimilé à de la censure.

Toutefois, les États européens et l’Union européenne ont tenté avec plus ou moins de succès de lutter contre ces manipulations.

Déjà avant la crise, des lois contre les Fake news avaient été adoptées à travers l’Europe, avec en France la loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 « relative à la lutte contre la manipulation de l’information », dite « loi Fake news », qui devait notamment permettre de faire face aux risques d’ingérence pendant les élections. D’autres initiatives autres que règlementaires avaient déjà vu le jour, comme en Italie et sa solution blockchain de labellisation pour lutter contre les fausses informations[52], ou le site « EUvsDisinformation[53]» de l’Union européenne.

Avec la crise, les États et leurs agences ont déployés de nouveaux outils qui passent notamment par :

  • L’utilisation de plateformes dédiées, comme « Canal detox », lancé par l’INSERM afin de lutter contre et répondre aux fausses informations dans le domaine de la santé.[48]
  • L’utilisation des réseaux sociaux pour lutter contre les fausses informations et diffuser un contre-discours en développant des argumentaires adaptés, et répondant point par point aux arguments erronés. C’est une stratégie à laquelle recourent l’Institut Pasteur ou le CNRS, car selon Chérifa Boukacem-Zeghmouri, les institutions scientifiques « ont pris conscience de la nécessité de « traduire » les apports de la science pour les diffuser vers la société. »[49]en misant sur des vidéos, des tweets, des podcasts, des interventions télévisées…

La parole institutionnelle semble cependant parfois compliquée à imposer. Certaines tentatives ne sont en effet pas concluantes, comme en France le lancement de « Desinfox coronavirus », site de vérification des informations qui devait permettre de faire le tri dans les sources d’information. Comparé par certains à un nouveau « ministère de l’Information »[50], il ne laisse pas insensibles les principaux experts français de la manipulation de l’information[51].

De leur côté, et malgré les difficultés qu’ils rencontrent, les médias traditionnels restent toutefois les plus efficaces pour lutter contre les fausses informations, proposant des déconstructions des théories du complot et des fausses informations, comme Les Décodeurs du Monde ou CheckNews de Libération.

3.2.   La co-régulation de l’espace informationnel numérique au secours de l’information ?

Bien que leurs politiques en la matière varient, certaines plateformes telles que Google, Facebook, Twitter et YouTube ont pris des mesures pour essayer de limiter la diffusion de fausses informations sur la Covid-19. Elles affirment avoir commencé à supprimer des publications diffusant des informations erronées et potentiellement nuisibles[54] C’est le cas par exemple de Google[55] ou de Twitter[56].

Facebook a quant à elle décidé d’interdire sur sa plateforme les publicités concernant des prétendus traitements miracles [57]. La plateforme a également mis en place un système de fact-checking avec la contribution de 60 organisations dédiées, permettant de signaler les informations s’avérant comme ou imprécises et de leur accoler une « étiquette de mise en garde ». Ce système a permis de signaler 40 millions de publications Facebook et de les étiqueter, poussant 95% des utilisateurs exposés à ne pas consulter ces posts[58].

Si la réponse apportée à la désinformation pendant cette crise vient en grande partie des plateformes sur lesquelles transitent les informations, ces acteurs ne sont pas exempts de critiques. Accusées par certains « d’hypocrisie » dans la lutte contre les manipulations de l’information en raison de leur utilisation, dans le même temps, d’algorithmes et modèles économiques utilisés favorisant la diffusion des fausses informations, accusées par d’autres de n’être pas assez efficaces ou d’être trop efficaces voire dangereuses pour la liberté d’expression, incontrôlables,… les grandes plateformes, malgré des efforts louables, ont un modèle économique à tenir et ne peuvent faire le travail seules…

La co-régulation de l’espace informationnel numérique, qui associerait les États, les entreprises privées de l’Internet et les tiers de confiance comme les ONG, les associations spécialisées, les experts, les journalistes pourrait être une réponse à la crise infodémique.

Conclusion

La crise inédite de la Covid-19 s’est accompagnée d’un nuage de fausses informations et d’informations manipulées qui, par agrégation, ont donné lieu à une infodémie tout aussi inédite et particulièrement violente. Trouvant, comme tout complot, un terreau plus favorable dans les sociétés où l’expression est libre et où l’information n’est pas bâillonnée, elle constitue une épreuve particulière pour les démocraties, où les moyens de lutte et la communication associée sont parfois jugés maladroits et inefficaces.

 

[1] Nous préfèrerons le terme de manipulation de l’information, à celui de « fake news », rejeté par « le groupe d’experts européens de haut niveau sur les fausses informations et la désinformation en ligne »,  trop souvent erroné et qui a été, à tort, généralisé pour désigner des situations plus nuancées et complexe. Le terme de « fake news » finissant par être, lui-même, utilisé à des desseins de manipulation et trop vaste et utilisé à mauvaise escient pour définir des informations en réalité pas « fausses » à proprement parler.

 

[2] Voir : La desinformation, arme de distraction massive (CEIS) : https://omc.ceis.eu/la-desinformation-arme-de-distraction-massive-1/

[3] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1173415/pourquoi-croyance-fausses-nouvelles-complots-cerveau-biais-cognitifs

[4] Une étude auprès de 1310 personnes par l’Université de Pennsylvanie a fait ressortir qu’un tiers d’entre elles considérait en savoir plus que les médecins et les chercheurs sur les causes de l’autisme, étant également les sujets les plus opposés à la vaccination.

[5] https://www.20minutes.fr/high-tech/2776155-20200522-coronavirus-volume-precedent-fake-news-illustre-viralite-desinformation-temps-crise-estime-camille-francois

[6] Etude menée par le Reuters Institute for the Study of Journalism et l’Oxford Internet Institute

[7] http://www.leparisien.fr/

[8] https://www.instagram.com/p/B_0pOxQHagj/

[9] https://www.huffingtonpost.fr/entry/coronavirus-brevet-pasteur-fake-news_fr_5e722c2dc5b6f5b7c53c278f

[10] http://www.leparisien.fr/faits-divers/coronavirus-les-services-de-renseignements-craignent-l-embrasement-apres-le-confinement-11-04-2020-8298150.php

[11] https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200405.OBS27077/tribune-racisme-et-antisemitisme-en-temps-de-covid-19.html

[12] https://thediplomat.com/2020/02/violence-in-kazakhstan-turns-deadly-for-dungans/

[13] “Pandemic Populism: FACEBOOK PAGES OF ALTERNATIVE NEWS MEDIA AND THE CORONA CRISIS – A COMPUTATIONAL CONTENT ANALYSIS”, Muenster University, avril 2020.

https://arxiv.org/pdf/2004.02566v1.pdf

[14] https://fr.theepochtimes.com/

[15] https://francais.rt.com/

[16] https://www.breitbart.com/

[17] https://www.infowars.com/

[18]  Etude menée par le Reuters Institute for the Study of Journalism et l’Oxford Internet Institute

[19] Le Président Donald Trump a vanté ses mérites sur Twitter lors de l’un de ses points de presse quotidien en affirmant que ce traitement pourrait « vraiment changer la donne »[19]. Au moins deux Américains seraient décédés suite à ces déclarations en ingérant des substances contenant de la chloroquine, destinées à nettoyer les aquariums : https://www.bbc.com/news/

[20] Freedom House, Freedom on the Net 2017: Manipulating Social Media to Undermine Democracy, novembre 2017

[21] Rapport conjoint CAPS/IRSEM – « Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties », 4 septembre 2018, p.47

[22] lors du point presse le 1er mai :  https://www.france24.com/

[23] https://www.nouvelobs.com/

[24] https://www.bbc.com/

[25] Gary King, Jennifer Pan, Margaret E. Roberts, « How the Chinese Government Fabricates

Social Media Posts for Strategic Distraction, not Engaged Argument », American Political Science

Review, 111:3, 2017, p. 484-501

[26] https://www.franceculture.fr/societe/covid-19-ces-lanceurs-dalerte-menaces-pour-avoir-dit-la-verite-sur-la-pandemie

[27] Rapport conjoint CAPS/IRSEM – « Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties », 4 septembre 2018, p.49

[28] https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-disinformation/russia-deploying-coronavirus-disinformation-to-sow-panic-in-west-eu-document-says-idUSKBN21518F

[29] Graphika report, The COVID-19 “Infodemic”, 21/04/2020, p.32

[30] Rapport conjoint CAPS/IRSEM – « Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties », 4 septembre 2018, p.95

[31] https://siecledigital.fr/2020/04/15/coronavirus-la-russie-a-la-tete-dune-campagne-de-desinformation-en-ligne/

[32] Rapport conjoint CAPS/IRSEM – « Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties », 4 septembre 2018, p.20

[33] https://larevuedesmedias.ina.fr/propagande-chine-russie-covid-19-coronavirus-information

[34] Rapport conjoint CAPS/IRSEM – « Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties », 4 septembre 2018, p.96

[35] https://www.marianne.net/medias/aj-francais-quand-propagande-qatar-cache-derriere-progressisme-feministe-lgbt

[36] Rapport conjoint CAPS/IRSEM – « Les manipulations de l’information : Un défi pour nos démocraties », 4 septembre 2018, p.59

[37] https://www.lesechos.fr/2017/10/xi-jinping-veut-hisser-la-chine-au-premier-rang-du-monde-184795

[38] https://www.nytimes.com/2020/04/22/us/politics/coronavirus-china-disinformation.html

[39] https://www.iris-france.org/122024-les-nouvelles-routes-de-la-soie-2/

[40] https://www.rtbf.be/info/societe/detail_coronavirus-les-inquietants-tweets-de-l-ambassade-de-chine-en-france?id=10467105

[41] Graphika report « Iran’s IUVM Turns To Coronavirus », 15 avril 2020

[42] https://www.huffingtonpost.fr/entry/trump-critique-pour-sa-gestion-du-coronavirus-repond-fake-news_fr_5e65e426c5b6670e72fa758f

[43] http://www.slate.fr/story/188037/trump-et-ses-proches-diffusent-des-theories-du-complot-sur-le-coronavirus

[44] http://www.slate.fr/story/188037/trump-et-ses-proches-diffusent-des-theories-du-complot-sur-le-coronavirus

[45] https://www.businessinsider.com/trump-says-china-may-have-started-coronavirus-deliberately-2020-4&IR=T

[46] Knight Foundation, « Disinformation « Fake news » and influence campaigns on Twitter », octobre 2018

[47] https://www.20minutes.fr/sciences/2774971-20200508-coronavirus-combat-influence-comment-infox-oblige-scientifiques-revoir-communication

[48] https://www.youtube.com/playlist?list=PL525ZU55fXEzw1TTUMi_xkhtq6YRzYvA1

[49] Chérifa Boukacem-Zeghmouri, professeure en Science de l’Information et de la Communication à l’Université Claude-Bernard (Lyon-I) et spécialiste des modes de communication scientifique numériques, https://www.20minutes.fr/sciences/2774971-20200508-coronavirus-combat-influence-comment-infox-oblige-scientifiques-revoir-communication

[50] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/en-triant-les-articles-de-presse-le-gouvernement-tente-de-recreer-un-ministere-de-l-information-20200501

[51] https://www.marianne.net/debattons/les-mediologues/tout-s-effondre-mais-revoila-le-ministere-de-la-verite

[52] https://cryptoast.fr/coronavirus-litalie-experimente-une-solution-blockchain-pour-lutter-contre-les-fake-news/

[53] https://www.vie-publique.fr/en-bref/274050-lunion-europeenne-face-aux-infox-ou-fake-news-sur-le-covid-19

[54] https://reutersinstitute.politics.ox.ac.uk/

[55] https://blog.google/inside-google/

[56] https://blog.twitter.com/

[57] https://www.lefigaro.fr/

[58] https://www.futura-sciences.com/